Innovez vite, innovez lentement (mais innovez !)

Thierry_RolandLes amateurs de football à la télévision le savent, surtout s’ils ont connu les commentaires de Roland et Larqué : Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ! Outre le fait que ce soit un des commentaires les plus pertinents du duo en trente ans de carrière (ce n’est pas le débat ici), c’est également une des questions récurrentes des entreprises qui veulent innover, ou de ceux qui les aident à le faire : quel est le bon « timing » ? Le réflexe habituel est plutôt d’essayer d’aller « le plus vite possible » lorsqu’il s’agit d’innovation, avec l’aide bienveillante du célèbre « asap », qui pullule encore en entreprise.

Pour autant, des voix dissonantes ont pu se faire entendre récemment sur le sujet. Je pense notamment au déjà célèbre « slow innovation » lancé par Arnaud Montebourg (et commenté ici par l’excellent Thibaut de Jaegher). Certes, cette assertion avait plus une portée générale et politique que directement extrapolable aux entreprises, mais quand même… A contrario, de nouveaux concepts incitant à plus de rapidité (ou de vivacité, ne pas confondre) arrivent régulièrement dans la bouche des gourous du management. On peut citer récemment le modèle lean startup, ou le très à la mode Jugaad, venu d’Inde.

RacePlus concrètement, la question se pose en entreprise lorsque l’on prend le temps de définir sa stratégie d’innovation, et d’analyser son portefeuille de projets en cours : quel planning adopter, et comment prioriser ses projets. Il n’y a pas plus ici qu’ailleurs, de solution miracle et universelle, mais on peut toutefois décider d’adopter une stratégie spécifique en étudiant 4 critères basiques : le projet, l’équipe (ou l’entreprise), l’environnement et le marché.

Concernant le marché, la difficulté est sans doute d’estimer dans le temps la façon dont ce dernier peut évoluer, et par conséquent quelle serait la meilleure fenêtre de tir. Ce qui est certain, c’est que la prime au premier arrivant existe, mais pas autant que l’on peut parfois l’imaginer. Il faut distinguer l’avance technologique (matérialisée notamment par des brevets), du positionnement marché, que l’entreprise peut choisir de différer. Par contre, lorsque vous évaluez une technologie (ou une innovation au sens large) et son horizon de mise sur le marché, évaluez toujours l’avancée probable de la concurrence dans l’intervalle. On voit encore trop de projets dans les cartons des équipes R&D qui se positionnent par rapport à l’état de l’art actuel, et non celui projeté.

Concernant l’environnement, notamment réglementaire, pas de solutions miracle si ce n’est la veille est le réseau. Prenez le temps d’analyser les signaux faibles, et ayez un plan de contingence au cas où il faudrait réagir plus vite que prévu (e.g. le parlement vote une loi inattendue sur l’obligation des éthylotests !).

L’équipe (voire l’entreprise) est évidemment un point crucial. Pas de projet sans « people« , disait un de mes collègues. Comptez vos forces avec objectivité. Et posez-vous les questions « indirectes » : si vous vendez un produit, quand seront prêtes vos équipes de SAV ; si vous vendez un service, aurez-vous des équipes commerciales formées rapidement pour couvrir le marché. Etc. Plus positif, identifiez le « facteur-X », la personne qui peut vous faire gagner du temps, et, si elle n’existe pas chez vous, regardez ce que ça vous coûterait de la faire venir.

Enfin, évidemment, le projet en tant que tel et sa maturité. Rappelez-vous de l’adage : « il faut 9 mois à une femme pour faire un enfant, mais pas 1 mois à 9 femmes pour le même résultat ». Tous les délais ne sont pas compressibles, et se fixer des objectifs inatteignables crée du stress et de la frustration. Le gain de motivation lié au fait d’être « dans les temps » est souvent supérieur au surinvestissement ponctuel pour tenir un objectif trop ambitieux. A contrario, on réagira d’autant mieux à l’imprévu que l’on aura un plan de travail : l’opposition factice créativité/planification est une idée reçue encore tenace.

En résumé ce qui peux tuer l’innovation, rapide ou lente, c’est avant tout le manque de planification et de réactivité !

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